Jeudi 10 décembre 2009 4 10 /12 /Déc /2009 07:02

 

 

 

 

La chaleur en basse côte dépasse rarement 30 ° mais la moiteur est telle, l’humidité si prégnante que le linge moisi sur l’étendage sans vraiment sécher. Sur la carte des précipitations en Côte-d'Ivoire d’Ivoire on remarque, à l’embouchure du Sassandra une pluviosité inférieure à la moyenne ; ce microclimat, légèrement plus sec, se conjugue à un souffle régulier du vent, le matin de la terre au large et le soir de l’océan vers le continent. , du moins pendant la saison sèche

 

 

 Le matin, par vent arrière, elles partent au large, les grosses pirogues  peintes de couleurs vives. La plupart  ont des  voiles carrées tenues par deux bâtons, quelques-unes unes sont munies de moteurs hors-bord, d’autres simplement à la pagaie. Sans quille ni balancier les voiles ne peuvent remonter au vent, ces pirogues attendront le soir, que le vent s’inverse, pour rentrer. 

Les pêcheurs sont des Fantis qui viennent du Ghana, à près de 800km. Tous les six mois,  transhumance ; Des camions débarquent pirogues, matériel, famille, animaux ; ils chargeront le retour de l’équipe qui rentre au Ghana.

 

Le contact avec ces pêcheurs est  presque impossible ;  la langue  comme première barrière et une volonté affirmée de ne pas se lier. Ils vivent en vase clos, sans contact apparent   avec les autochtones  Neyo. Cependant  quelques transfuges ont fait souche ; Ce sont souvent eux qui commercialisent, fument et vendent le poisson. La chefferie du quartier gère leurs mœurs,   codes,  croyances, cultures. On distingue assez vite l’influence du colonisateur anglais dans leur sérieux et cette façon d’imiter certaines attitudes. Leur coupe de cheveux est caractérisée par une raie de  coté, taillée au rasoir dans l’opulence de la masse crépue, ce  qui permet de dégager une « banane »   du plus bel effet Rock. Ce sont des gens superbes, assez grand,  décuplé, d’une musculature impressionnante. C’est d’ailleurs c’est la même chose pour les peuples ivoiriens qui pratiquent la pirogue au quotidien ; taille mince et larges épaules

 Ne mangeant ni langoustes ni soles, ils les cèdent à un  prix  dérisoire. Les wolofs sénégalais vont  bientôt venir et passerons un accord pour acheter systématiquement  cette godaille de choix…

 

Kouassi Bruce  est, à ma connaissance, l’unique Fanti  marié à une Krou ; c’est « mon client  pirogue ». Quand il rentre dans la boutique, son allure et sa coupe de cheveux parlent pour lui. Il  achète, une  tonne de ciment, quelques  sacs de riz, plusieurs casiers de vins, une caisse de gin, du tabac en feuilles, des  tôles, du  fer à béton …on le livre sur la plage ! J’accompagne une fois le camion  et je ne regrette pas le déplacement car mettre 3,5 tonnes de marchandise hétéroclite, fragile, qui craint l’eau, dans une pirogue maintenue à flots dans la houle est un gageur qui semble insurmontable. Avec un moteur  hors bord de 8cv il va et longer la côte sur une soixantaine de km pour repasser la barre à Victory, village côtier Krou ou sa femme tient boutique. C’est un homme de paroles,  j’arrive à lui  obtenir un petit crédit, malgré les risques !

Les Fanti sont des gens étonnants,  les seuls que  j’ai vu  franchir la barre avec leurs grosses pirogues. Pour passer le rouleau  déferlant qui se brise dans une gerbe d’écume  le patron piroguier scrute les vagues et détermine  leur cadence,  leur taille et leur écrasement ( C’est très souvent un rythme de sept).  Quand il hurle son ordre les  hommes  se mettent à pousser, grimpent et pagayent  comme des déments,  face au rouleau qui arrive en grondant et qui se brise devant eux, les deux hommes qui maintenaient la pirogue droite  escalade  vivement le bord.  Ils flottent désormais dans ce mélange de sable et d’eau qui se retire  très vite les entraînant vers la base de la déferlante  suivante, déjà reformée, La proue de la pirogue se dresse vers le ciel, les pagaies, frénétiquement brassent l’eau ; il s’agit de franchir la muraille d’eau grondante avant qu’elle  ne s’effondre sur elle-même, !  …. Ça y est, le plus dur est  fait, ils  ont franchi la barre et  maintenant, au-delà de la zone critique, ils vont affronter les rouleaux suivants, bien perpendiculairement aux lignes de crête, sans encombre, et déployer leur petite voile ou mettre en marche leur moteur  quand ils ne se contentent pas de pagayer en chantant.

 

Après des heures de pêche sous un soleil de plomb, chargés de leur prise, les pirogues  affrontent le  retour : le chef, debout, compte à nouveau les vagues ; il va choisir la plus forte, celle qui remontera très haut sur la plage sans se faire cisailler par le jusant de la précédente  ; à  son ordre  les  dos se tendent, les épaules roulent, les biceps se gonflent, la lourde pirogue se jette en avant, prenant le maximum de vitesse pour être cueillie par le flux, elle surfe maintenant,  les seuls efforts portant désormais sur son assiette, bien dans l’axe du rouleau  bruyant, elle file, inclinée à 45° et  se pose dans un tourbillon d’écume, de gerbes d’eau, d’odeurs, de bruits, les  cris   des femmes et des mômes sur la plage  couvrant le grondement  de l’océan

 

 

 

 

 J’ai fait une sorti avec Kouassi Bruce  sur la grosse pirogue d’un « petit frère » ; battements de cœur garantis, je regrette encore de n’avoir pas eu d’appareil photo !

 

Les pirogues Fanti sont l’objet de soins attentifs. Elles sont constituées d’une pièce énorme de bois creux taillé dans la masse  et rehaussée de plats bords ;  la proue  et la poupe sont des pièces rapportées, l’assemblage se faisant au-dessus de la ligne de  flottaison. La partie émergée est couverte de dessins en rond de bosse vivement colorés

.

 

 

Des marins français m’ont dit leur admiration pour ces pêcheurs qui vont au large bien au-delà de la ligne visible du rivage, qui travaillent parfois de nuit  sans aucuns instruments de navigation, pas même une boussole. Ils ont  une  boîte d’allumettes, seul signal visuel dont ils disposent pour se faire voir des autres bateaux ! (Cette disposition est une obligation du code maritime !) Le second du bananier Maria Soumallo m’a dit avoir vu un gamin d’une douzaine d’années, dans une petite pirogue,  à plusieurs miles  de   la côte ; L’enfant a décliné l’offre de rentrer avec eux et le lendemain, au mouillage, il est venu offrir des langoustes.

 C’est parfaitement idiot mais  je pense à eux quand je vois les mômes qui font du kayak avec gilet de sauvetage et casque, dans  les vingt centimètres  d’eau  de la Cèze ! …

Par robinzen
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